BlogSeptember 6, 2013

Aquarelle de Duncan, capsule temporelle d'un peintre du XIXe siècle.

Cette magnifique aquarelle que nous avons récemment vendue, réalisée avec brio par James Duncan, représente une des premières journées d’automne à Montréal. Elle témoigne du même coup de l’intérêt marqué de l’artiste pour les vastes ciels et de son talent exceptionnel pour les peindre à merveille. Puis, le Grand Séminaire de Montréal de Duncan met en valeur, comme il est justement indiqué dans l’ouvrage Les Sulpiciens de Montréal, une histoire de pouvoir et de discrétion - 1657-2007, le Mont-Royal en arrière-plan et les immeubles majestueusement étalés sur la vaste propriété des Sulpiciens (p. 610). Cette publication révèle également que notre aquarelle de Duncan comprend le Collège de Montréal qui a été parachevé en 1870, ce qui nous fait croire que l’œuvre a été réalisée entre cette année-là et celle du décès de l’artiste en 1881. Earlier map of the Sulpician property Voici une carte de la propriété des Sulpiciens qui, à l’époque, était connue sous le nom de Fort Belmont ou Fort de la Montagne et avant que des parcelles de terrain ne soient vendues. (Je suis désolé pour les effets d’ombre, mais il s’agit d’une photo que j’ai prise, à l’extérieur, du panneau qui se trouve sur la propriété pendant que je roulais à vélo sur la rue Sherbrooke pour me rendre au travail.) On voit bien que dans les jours qui ont précédé la construction du séminaire, la propriété était définie à l’est par Côte-des- Neiges (à droite), au sud par René-Lévesque (au bas) et à l’ouest par l’avenue Wood (à gauche). L’œuvre de Duncan comprend de nombreuses représentations du Mont-Royal surplombant la Ville de Montréal, mais celle-ci est particulièrement ravissante et attrayante. Cette aquarelle nous fait vraiment voir ce à quoi ressemblait Montréal à cette époque. Le tramway peint par Duncan est identique, sinon très similaire, au tramway de la MCPRC à cet époque. Le tramway peint par Duncan est identique, sinon très similaire, au tramway de la MCPRC à cet époque. Cette image de trolleybus tiré par des chevaux a piqué ma curiosité. Grâce aux merveilles du cyberespace et à l’excellent site Web de la Société de transport de Montréal (STM), on se rend vite compte que ce Duncan est une autre splendide représentation d’un tramway tiré par des chevaux de la première compagnie de transport en commun de Montréal (la Montreal City Passenger Railway Company ou MCPRC) créée en mai 1861 et dont le service avait été inauguré en novembre de la même année. Grâce également à la généreuse assistance de l’archiviste de la STM qui a consulté la publication À la belle époque des tramways de Jacques Pharand, nous savons que le tramway réalisé par Duncan roule sur une route le long de la rue Sainte- Catherine, que les rails se rendaient jusqu’à la rue de la Montagne en 1865 et que le réseau se terminait à l’avenue Greene en 1872. Le conservateur de l’art canadien au Musée des beaux-arts de Montréal, Jacques Des Rochers, fait référence à une carte de 1879 exécutée par Hopkins qui porte à croire que la maison à l’extrême gauche délimite ce que l’on appelle aujourd’hui l’avenue Wood à Westmount. Un autre tramway MCPRC de l'époque, équipé de skis pour l'hiver. Nous croyons que ce trolleybus est celui mis en valeur sur le Duncan. Il y avait un chauffeur à l’avant, et à l’arrière, un contrôleur qui vendait des billets ou qui percevait les pièces de cinq cents (tarif de l’époque selon le site Web de la STM). Les gens hélaient le tramway qui s’arrêtait pour leur permettre de monter à bord. Ils pouvaient même demander au chauffeur de les attendre quelques minutes; cette pratique a été abandonnée en juin 1865. Le système, qui est rapidement devenu populaire, a transporté 1 000 000 de passagers la première année, alors que Montréal comptait à ce moment-là un peu plus de 100 000 habitants. Sept ans plus tard, le système en transportait deux fois plus. Au moment où James Duncan a réalisé ce tramway en marche, la MCPRC avait plus de 100 véhicules de trois différents modèles dont l’utilisation dépendait de la saison et du temps de même qu’une étable de 400 chevaux. Le tramway d'hiver, de 1861 à 1892 |  "Le transport urbain à Montréal de 1861-1974"  |  Promenade, 1976 Le tramway d'hiver, de 1861 à 1892 | "Le transport urbain à Montréal de 1861-1974" | Promenade, 1976 Il y avait trois modèles : le tramway d’été dont les côtés étaient ouverts, le tramway d’hiver conçu pour circuler quand les rails étaient couverts de neige et de glace ainsi que le tramway omnibus, un véhicule à roues employé quand les rails étaient inutilisables, par exemple au moment de la fonte des neiges au printemps. Les tramways tirés par des chevaux ont été retirés du service en 1894, année où le réseau est devenu entièrement électrique. Le Mont-Royal, vu en direction nord-est depuis le coin de la rue Sainte-Catherine Ouest à la hauteur de l’avenue Wood, est de toute beauté. Il surplombe la ferme des prêtres et ce qui aujourd’hui serait le début de la montée de la rue Atwater. L’œuvre fait également voir le tramway d’été au début de l’automne (avec les côtés fermés) de même que la majesté du Grand Séminaire peint par Duncan en pleine possession de tout son talent artistique. C’est ce qui fait de cette aquarelle un triomphe de la peinture urbaine canadienne du XIXe siècle et une capsule du temps créée par un peintre exceptionnel de cette époque. J’ai pris plaisir à vous présenter cette œuvre importante de James Duncan qui se démarque particulièrement par la qualité de sa composition et de son état de conservation. Copyright © Galerie Walter Klinkhoff Nous remercions tout particulièrement: Société du Transport de Montréal. À la belle époque des tramways, Jacques Pharand. Éditeur : L'HOMME 1997. Les Sulpiciens de Montréal, une histoire de pouvoir et de discretion - 1657-2007, «Éditions Fides». “Le transport urbain à Montréal de 1861-1974”, Promenade, publié en 1976.
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Comments

Et on peut voir plusieurs de ces tramways à Exporail, notre musée de Saint-Constant, dont un modèle d'hiver (No 20) et un Omnibus (No 7)... Il ne reste malheureusement aucun exemplaire des tramways sur rail de l'époque 1861-1886. C'est par la couleur des véhicules que l'on définissait les circuits à l'époque. Avoir une aquarelle, et donc une image colorée, est très instructif du point de vue historique.
Jean-Paul Viaud
30 September 2013

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