« J’ai toujours aimé la nature et toujours essayé de me détacher des formes […]. Laisser la matière exprimer le sensible ne veut pas dire abandonner toute logique.. » Charles Gagnon, 1992

Charles Gagnon fait partie de la « formidable génération » d'artistes montréalais nés pendant les années 1930, qui inclut aussi les fameux Tousignant, Molinari et Gaucher. Néanmoins, le travail de Gagnon se fait remarquer par son incessant travail d'exploration et son usage d'une grande variété de formes et de techniques. Il a notamment participé à la réalisation d'un film, s'est intéressé à la photographie, au collage, à la fabrication de boîtes, en plus de la peinture. Une telle diversité n'était pas surprenante pour une personnalité telle que celle de Charles Gagnon, un homme passionné et curieux, fasciné par l'histoire, la philosophie et la science. Avec des intérêts aussi variés qui le nourrissait, Gagnon est devenu l'un des plus important and inspirant artiste canadien du 20e siècle grâce à un corpus d'oeuvres persistant et complexe.

 

Gagnon est l'un des premiers artistes montréalais à avoir choisi de poursuivre ses études à New York plutôt qu'à Paris. À l'Époque, « l'un des seuls artistes à y acquérir son apprentissage de base », un choix inhabituel qui ne fait que souligner le fort sentiment d'individualité de Gagnon.

 

Bien qu'au départ il souhaitait poursuivre des études en Design, Gagnon a rapidement été séduit par l'effervescence de la vie culturelle et artistique de la grande ville et s'est impliqué dans le monde de l'art expérimental. Entre les années 1955-1960, il a vécu, étudié et travaillé à New York, mais a continué à entretenir des relations avec le milieu artistique montréalais, notamment en se présentant aux côtés de Molinari et Tousignant à l'exposition d'ouverture de l'Artek, en 1958. La même galerie a ensuite présentée une sélection d'oeuvres récentes en 1959, et en « en 1960, les critiques ont souligné les influences américaines dans son travail, le décrivant comme "une figure dominante" de l'art canadian ».

 

En dépit d'être un artiste multidisciplinaire, Gagnon ne s'est jamais réellement détourné de son intérêt premier pour la peinture. D'ailleurs, même ses travaux antérieurs datant de la fin des années 1950 sont considérés comme des oeuvres explorant les principes structurels, notamment en raison de leurs compositions inhabituelles qui semblent être découpées d'une scène plus grande dans un style photographique. La source d'inspiration de ces compositions au style fragmenté semble pointer en direction de l'école de la British Saint-Yves School of painters, plus précisément vers Roger Hamilton qui était à l'époque un artiste important à New York et à Toronto. Nous savons l'artiste avoir étudié son travail.

 

En 1962, Charles Gagnon a produit une toile et une boîte de construction portant le titre de La fenêtre/The Window. Ses oeuvres ont été les premières d'une série à exploiter un concept précis et nécessaire à la compréhension pour tout le corpus de son travail. Désormais, les toiles marquées par l'usage de la couleur verte lui et ayant une composition explorant une certaine ambiguïté spatiale seront indissociables.

 

Les problématiques spatiales du passage et de l'obstruction deviendront une constante préoccupation dans le travail de Gagnon, inspirées en partie par son observation de l'art égyptien provenant de la collection du Metropolitan Museum, explique que « non seulement il s'agissait d'objet à regarder mais aussi des portails dans lesquels pénétrer ». En se rapportant à un comportement kinesthésique, Gagnon se distingue de ses camarades montréalais, qui ont structuré leurs peintures, quelle que soit leur activité visuelle interne, à partir d'une seule position, soit devant la toile; les tableaux de Gagnon fonctionnent dans un autre ensemble de dynamiques.

 

Bien que pleinement absorbé par son travail créatif, Charles Gagnon a commencé une carrière d'enseignant en 1967 qui durerait près de 30 ans. Jusqu'en 1975, il a enseigné le cinéma et la photographie au département des arts de la communication de l'Université Loyola (maintenant nommée l'Université Concordia) à Montréal; puis, jusqu'en 1995, il a enseigné le cinéma, la vidéo, le son et les médias mixtes dans le département des arts visuels de l'Université d'Ottawa.Dans les mots de Gilles Godmer, conservateur du Musée d'art contemporain de Montréal, « il a formé une génération entière d'artistes qui lui accordent énormément de respect et d'admiration, et son influence est apparente ».

 

Gagnon a accumulé un corpus d'oeuvres complexes, « dans lequel la peinture et la photographie se sont développées côte-à-côte, et se sont pendant quelque temps réunies dans une interaction cruciale ». Son travail traite de la question du rapport entre les titres et les sujets et leurs effets sur l'interprétation; il traite de la perception elle-même, concevoir des moyens de subvertir la façon dont nous avons l'habitude de regarder, les contradictions de perspective, les changements d'échelle, la main-d'œuvre. L'œuvre de Gagnon confirme qu'une oeuvre peut à la fois être abstraite, représentative, figurative et conceptuelle.

 

 

 

 

 

Sources:

 

Roald Nasgaard et Michel Martin, The Plasticiens and Beyond: Montreal, 1955-1970, Musée national des beaux-arts du Québec, 2013.

Roald Nasgaard, Abstract Painting in Canada, Douglas & McIntyre/Art Gallery of Nova Scotia, 2007.

Charles Gagnon: The Appropriation of Meaning by Gilles Godmer disponible au:

http://ggavma.canadacouncil.ca/htmlfixed/Archives/2002/charles_gagnon-e.html

 

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