Bloguele Octobre 5, 2020

Perspectives sur le marché de l’art

The market, buying and selling art in the pandemic

D’entrée de jeu, nous reconnaissons que les six derniers mois ont donné lieu à de nombreux défis, maisaussià des occasions sans précédent. Quelques jours à peine après le lancement officiel de la collection Mitzi et Mel Dobrin, la plus importante collection familiale d’art canadien jamais mise en vente, nousavons été contraints de fermer les portes de nos galeries de Montréal et de Toronto. La plateforme Web klinkhoff.ca est cependant restée ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et nous avons même mis en place une visite virtuelle en 3D àfaire avec des lunettes de réalité virtuelle. La vente est toujours en cours et les œuvres disponibles se trouvent dans les deux galeries et sont regroupées en un seul espace virtuel sur Klinkhoff.ca. La majorité de cette collection absolument exceptionnelle a été vendue, mais certaines œuvres extraordinaires sont encore disponibles, dont « Early Spring, Algonquin Park » de Tom Thomson, « Tribute to Tom Thomson » de Frank Johnston ​(vers 1923-1925) et « Early Spring, Quebec » (1926), une toile majeure d’A. Y. Jackson. 

 

C’est grâce à Craig et à Jonathan si, du jour au lendemain, nous avons pu travailler presque normalement depuis nos domiciles respectifs, ce qui nous a été d’une aide précieuse à partir de la mi-mars. Sous leur leadership, la Galerie Alan Klinkhoff continue de consacrer d’importantes ressources humaines et financièresau développement de sa plateforme Klinkhoff.ca. Lorsque nous avons fermé nos portes, toutes les œuvres en exposition dans nos galeries étaient déjà hébergées en ligne et leur prix de vente était affiché, par souci de transparence. Nous avons également consulté nos courriels à partir de la maison et fait transférer nosappels sur nos cellulaires. 

 

En toute honnêteté, l’un de nos plus grands obstacles a été de livrer les œuvres aux clients, car les transports commerciaux étaient réduits ou réservés en priorité aux urgences et aux fournitures médicales. Vous m’avez peut-être déjà entendu tempêter contre le cauchemar qu’est l’obtention de permis fédéraux pour exporter des œuvres d’art en dehors du Canada. À partir de la mi-mars et durant les quatre mois qui ont suivi, ces désagréments bureaucratiques ont atteint des sommets presque inégalés. (Les experts-vérificateurs n’ont pas le droit d’accéder à leurs applications depuis la maison. Allez savoir pourquoi!) 

 

Nos deux galeries ont été rouvertes au public il y a quelques mois déjà et la collection reste accessible en tout temps sur Klinkhoff.ca. Cela dit, les activités n’ont certainement pas repris leur « cours normal ». Notre défi est maintenant d’offrir aux parties intéressées, où qu’elles se trouvent, une expérience de visite comparable à celle qu’elles auraient en venant en personne dans les galeries et en discutant avec Jonathan, Craig ou moi. Nous encourageons les relations avec les collectionneurs d’art et faisons tout notre possible pour rencontrer les clients et les parties intéressées en personne. Sinon, nous leur parlons par téléphone ou sur FaceTime ou Zoom s’ils le souhaitent et, à défaut, nous communiquons avec eux par courriel. Le portail klinkhoff.ca et notre souci de transparence s’inscrivent dans un effort visant à faire de nous un partenaire de confiance pour les collectionneurs qui souhaitent constituer des collections, mais ne sont pas en mesure de venir nous rencontrer pour discuter et explorer nos galeries de Montréal et de Toronto.

 

La semaine dernière s’est produite une chose qui n’arrive pas souvent : un homme, que nous n’avions jamais rencontré auparavant, est entré dans l’une de nos galeries, a fait le tour pendant un certain temps,a posé de très bonnes questions sur plusieurs des beaux tableaux en vente et, s’intéressant finalement à une œuvre en particulier, a demandé : « Puis-je acheter cette toile? ». Nos emplacements physiques dans les plus grands marchés du Canada et notre plateforme Klinkhoff.ca continuent donc d’être complémentaires, au bénéfice des deux parties du processus d’achat et de vente. Jonathan, Craig et moi nous faisons toujours un plaisir de répondre à toutes les questions sur nos œuvres d’art. 

 

Certains de nos collègues, pour des raisons financières ou de ressources humaines, ont choisi de remettreà plus tard le développement de leur présence en ligne. Peut-être n’en voyaient-ils pas l’utilité avant aujourd’hui. D’autres, plus âgés, n’ont jamais investi dans une plateforme Web ni prévu de plan de relève pour leur entreprise et fermeront leurs portes à court terme. Ils devraient bien s’en sortir pendant leur transition vers laretraite, mais dans l’intervalle, la question est de savoir si, sans cette transparence, ce modèle sert bien les intérêts des vendeurs sur le plan financier. D’autres marchands qui, préférant participer à des foires d’art plutôt que d’investir dans une plateforme Web solide pour développer leurs activités, ont dû se démener pour trouver de nouvelles solutions de marketing numériques. Il fut un temps où des galeries trouvaient des plateformes tierces où montrer et vendre leurs œuvres. Ou comme me l’arécemment fait remarquer un collectionneuraverti, quelques galeries ont essentiellement liquidé leurs stocks par le biais de sites de venteaux enchères, peut-être par nécessité, pour renflouer les coffres. 

 

Ce printemps et cet été, ce sont malheureusement les galeries d’art contemporain privées qui ont le plus souffert au sein de la communauté des marchands d’art. Même celles qui s’étaient bâti un profil raisonnable sur le Web ont été touchées, du simple fait de la nature de leur offre, les œuvres contemporaines ne risquant en effet pas de venir à manquer. Des expositions individuelles et collectives ont été annulées ou reportées. Les artistes continuent d’avoir des dépenses. Le seul incitatif pour leurs acheteurs est une baisse de prix. Certaines galeries d’art contemporain vont hélas disparaître, laissant de nombreux artistes de talent sans représentation. Il est peu probable, du moinsà moyen terme, que quelqu’un prenne le risque d’ouvrir un nouvel espace traditionnel,avec toutes les dépenses et les risques impondérables d’une telle entreprise. 

 

Nous vendons des classiques, c’est-à-dire des œuvres d’art d’une valeur reconnue et durable qui, ayant été évaluées sur une période de temps suffisante, se révèlent de la plus haute qualité et se démarquent dans leur catégorie. Par définition, de telles œuvres ne sont pas créées aujourd’hui. Par conséquent, notre approvisionnement est tributaire des décès, des divorces, de l’endettement, de l’élagage des biens personnels et des ventes discrétionnaires. Les quatre premières avenues continuent de nous amener une bonne quantité d’œuvres d’art, dont environ 20 % seulement sont de qualité « suffisante » pour être mises sur le marché. En effet, l’infâme COVID-19 a précipité le décès tragique de certains de nos clients qui habitaient dans des résidences pour retraités, et seules les ventes discrétionnaires ont ralenti. Un éminent collectionneur nous a d’ailleurs affirmé vouloirattendre que la poussière retombeavant de nous confier des œuvres en consignation. Il n’est pas le seul.

 

La rareté de l’offre d’œuvres d’art de grande qualité observée récemment sur le marché des ventes de gréà gréa confirmé la stabilité des prix et l’intérêt soutenu pour l’achat d’œuvres véritablement importantes, ou ce que notre ami et gourou en matière de placement, Stephen Jarislowsky, appelle les œuvres d’art du « premier quartile ». Nous sommes actuellement en discussion avec un groupe de collectionneurs, relativement nouveaux sur notre marché, qui, après deux ans de recherche, envisagent sérieusement de nousacheter quelques-unes des œuvres phares de la collection Dobrin. Les occasions d’acheter des œuvres de plus grande qualité que celles de Jackson, Johnston et Thomson que nous vendons actuellement risquent de se faire très rares dans un avenir prévisible. Et si elles se présentaient, quel en serait le prix? Notre expérience toutau long des mois d’été,avec les nouvelles acquisitions d’œuvres de haute qualité, a montré qu’il y a toujours des collectionneurs enthousiastes prêts à les acquérir. 

 

Nous rappelons sans cesseaux parties prenantes que chacune des œuvres d’art que nous présentonsafait l’objet d’une évaluation et d’un choix attentifs, et que nous sommes fiers d’encourager les clients à les acheter. Si l’on regarde un peu l’évolution du commerce de l’art, cependant, on arrive à un constat : les coûts pour mettre en vente une grande quantité d’œuvres en ligne sont si faibles et les marges de profit, si élevées, que les ventesaux enchères se multiplient. Et soyons honnêtes, la qualité n’est pas vraiment au rendez-vous. Bien que l’approche de type « eBay » en matière d’offre et de qualité risque de nuire à l’image de marque de ces intermédiaires, les actionnaires en retirent une généreuse récompense financière. Compte tenu de cette abondance de l’offre, les acheteurs sérieux ont de plus en plus intérêtà privilégier les marchands offrant une sélection d’œuvres choisies et évaluées par des professionnels et des conseils d’experts réputés sur le marché. 

 

En toute transparence, nous affichons nos prix sur le site, et ceux-ci sont « justes et fermes ». Cette pratique pourrait sembler normale dans beaucoup d’autres domaines. Pourtant, en affichant les prix de vente, la Galerie Alan Klinkhoff se pose en chef de file parmi les galeries offrant de l’art canadien « classique ». (Afin de préserver la confidentialité des acheteurs, nous retirons le prix lorsqu’une œuvre est vendue.) La divulgation des prix sur demande continue d’être la norme dans la plupart des galeries. Mais toutacheteur potentiel ne cherchera-t-il pas à savoir d’abord et avant tout combien lui coûtera son achat, quel qu’il soit? C’est à se demander pourquoi les prix ont été gardés secrets en premier lieu. 

 

Atténuer le risque tout en dégageant de la valeur, voilà l’objectif ultime de tout vendeur d’œuvres d’art importantes. La protection des prix, les commissions totales peu élevées et les transactionsà prix fixe réalisées de gré à gré par l’intermédiaire de notre plateforme permettent d’atteindre cet objectif. Pour les acheteurs de ces œuvres, l’accès à une offre de qualité à des prix concurrentiels, assortie d’avantages financiers allant jusqu’à l’absence de prime à l’achat, représente une belle occasion. L’avantage de la protection des prix qu’offrent les ventes de gré à gré ne peut être ignoré, même par les vendeurs aux enchères chevronnés et les maisons de vente aux enchères elles-mêmes. Notre famille est présente dans le milieu depuis plus de 70 ans maintenant. Selon notre expérience, jamais il n’a été aussi risqué qu’aujourd’hui de parier sur lesavantages financiers de vendre de l’art de qualité aux enchères en trois minutes à une date fixée quatre mois à l’avance. Comme nous l’avons constaté récemment, tout peut arriver! Luttant pour freiner l’érosion constante de leur part de marché déjà inférieureà 50 %, peut-être parce qu’ils reconnaissent maintenant la valeur des ventes de gréà gré, dans lesquelles notre famille se spécialise depuis plus de sept décennies, les commissaires-priseurs annoncent de plus en plus qu’ils s’adonnent à ce type de vente, sans pourtant investir dans du personnel expérimenté ou un espace dédié. À l’échelle nationale et internationale, les maisons de venteaux enchères ont particulièrement souffertau cours des six derniers mois. Nous avons assisté à de nombreuses ventes aux enchères d’importance à New York, à Londres et à Paris durant notre carrière. Les ventes les plus réussies sont comme des combats de championnat de boxe des poids lourds : un arbitre (le commissaire-priseur) et deux titans (des enchérisseurs bien nantis) se battent (en faisant des enchères) pour remporter la ceinture (l’œuvre d’art). Les ventes d’aujourd’hui, où les éléments visuels ont remplacé les commissaires-priseurs et où les œuvres et les représentants des enchérisseurs apparaissent sur des écrans, ne sont tout simplement pas aussi électrisantes que les grandes ventesaux enchères que nous avons déjà connues. Sans l’assistance, l’énergie n’est pas la même. (Si vous avez regardé les séries éliminatoires de la coupe Stanley récemment, vous savez ce que je veux dire.) Les ventes aux enchères doivent donner lieu à une compétition intense pour être avantageuses pour les vendeurs. 

 

Pour l’automne et possiblement le début de l’hiver, dans notre créneau qu’est « l’art classique », nous nous attendons à voir arriver sur le marché des œuvres issues de ventes discrétionnaires. Maintenant qu’il apparaît évident que le monde ne reviendra pas à ce qu’il était il y a huit mois avant un certain temps, voire jamais, certains vendeurs qui avaient préféré attendre pourraientaussi faire leur entrée sur le marché. Il faut s’attendreà ce que ces œuvres d’art « trophée », que M. Jarislowsky appelle les œuvres du « premier quartile », soient offertes et vendues à fort prix. Pour ce qui est des œuvres dites « très bonnes », toutefois, les prix seront probablement un peu plus faibles. Et le reste, bien franchement, ne relève pas de notre marché : nous ne les recommandons pas et ne prêtons pas beaucoup d’attention à leurs valeurs. 

 

Entretemps, nous venons de vendre une collection spécialisée de 16 œuvres du grand maître de la région de Charlevoix, Claude Le Sauteur. Vous connaissez peut-être les murales qu’il a passé près de deux ans à peindre pour la rotonde du siège social de Power Corporation à Montréal. La collection en question comprend 12 tableaux d’une série intitulée Les univers du rire ainsi que quatre autres toiles mettant en vedette l’iconique Victor, développé à l’origine par Vittorio Fiorucci. 

 

La collection combinée est présentée dans un catalogue que nous distribuerons à la fin d’octobre en vue de la mise en vente d’une sélection exceptionnelle d’œuvres de grande qualité qui, nous l’espérons, sera bien accueillie 

par les collectionneurs d’art avertis. Cette sélection comprend notamment des œuvres remarquables d’artistes comme Jean McEwen, Rita Letendre, Philip Surrey, David Milne, John Little, Rita Mount, James Lillie Graham, Robert Pilot, Maurice Cullen, J.E.H. MacDonald et d’autres artistes de renom. Nous avons déjà connu beaucoup de succès par le passé avec une présentation comme celle de la collection Mitzi et Mel Dobrin. Le catalogue et la présentation qui suivra démontrent notre intérêt et notre capacitéà organiser des ventes, non seulement d’œuvres d’art individuelles, mais aussi de collections entières. Une présentation d’une telle qualité est attrayante pour les particuliers et les familles qui vendent d’importantes œuvres d’art, car elle offre tous les avantages financiers de la plateforme de venteainsi qu’une publication traditionnelle qui traverseral’épreuve du temps. 

 

Pour toute information supplémentaire, y compris lafaçon de participer en tant que consignateur pour vendre lors de notre prochaine présentation, Craig, Jonathan et moi vous invitons à nous contacter. Nous espérons avant toute chose que vous et les vôtres êtes en bonne santé et en sécurité. Si nous pouvons vous être utiles dans vos intérêts artistiques, nous serions heureux de vous aider. 

Craig et Jonathan se joignent à moi pour vous transmettre nos meilleurs vœux santé. 

Cordialement, 

Alan Klinkhoff

Galerie Alan Klinkhoff, Inc. 

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