Né dans la municipalité du Mont-Saint-Hilaire (Québec), Ozias Leduc travaille d’abord pour Luigi Cappello en tant qu’assistant à la décoration de l’église Saint-Paul-l’Ermite de Repentigny. Cappello, un peintre d’origine italienne, qui était réputé pour ses décorations d’églises faites pour de nombreuses institutions religieuses de la belle province du Québec. Plus tard, Leduc s’engage auprès du peintre Adolphe Rho comme apprenti, pour créer la décoration de l’église Yamachiche (Québec). Ce travail comportait entre autre la réalisation d’une reproduction de la Transfiguration et la création, de Raphaël. Cette dernière sera nommée Baptême du Christ et était destinée à l'église Saint-Jean-dans-Montana. Bien que cette toile ait été entièrement conçue par Leduc, comme le mandat avait été assigné à l’atelier de Rho, elle a, au final, donc été signée par Adolphe Rho. Une gravure faite d’après ce tableau a été produite mais ne s’avère pas une reproduction très fidèle de l'œuvre originale.

La majorité de l’apprentissage de Leduc fut acquis par l’entremise de l'observation et ses expériences autodidactes. À l'âge de vingt-trois ans, Leduc était en mesure de produire de belles études décrivant des natures mortes, dont la composition était tantôt baignées de la belle lumière chaude et ondoyante d’une bougie ou, d’une lumière faible provenant d’un point éloignée, feinte, comme si elle provenait d’une fenêtre, par exemple. Il a offert une toile de cette époque à Paul-Émile Borduas, qui était alors son apprenti et son ami de longue date. Cette oeuvre figure dans le livre de J. Russell Harper, Painting in Canada: A History (1966), illustrant la propriété de Mme Borduas.

En 1892, il présente une oeuvre au Salon du printemps de l’Art Association of Montreal (Musée des beaux-arts de Montréal) et remporte le prix de la meilleur oeuvre produite par un artiste de moins de 30 ans. C’est pendant cette année et la suivante qu’il produisit la décoration de l’église de la Cathédrale de Joliette. En 1897, il part pour la France en compagnie de l'artiste québécois Marc-Aurèle Suzor-Côté. À l'étranger, Leduc s'est inspiré de quatre impressionnistes moins connus: René Ménard, Alfons Mucha, Henri Le Sidaner et Maurice Denis. Ce dernier se spécialisait dans l'art religieux.

Leduc retourne au Canada après huit mois, près à travailler sur la décoration de l’église du Mont-Saint-Hilaire. En observant les effets de l’impressionnisme sur son travail, Jean René Ostiguy note: 

« Mais les techniques de l'impressionnisme français, lorsqu'elles ont été transplantées à Saint-Hilaire, ont porté un fruit très différent. Pour Leduc, elles étaient le moyen de tisser des rêveries et d'exprimer la tendresse qui devaient être ressenti avant que toute vie ne fusse créée. Ses dessins, les soins délicats qu'il a consacrés à ses surfaces, montrent les premières traces de l’influence impressionniste. Mais la différence réelle est venue dans la manipulation de la lumière. Pour lui, la lumière était le symbole d'une autre monde, un monde qui serait idéal. Il a vu la nature à la lumière de ses rêves, et il y a de bonnes raisons de l'associer à la tendance surréaliste, qui se trouve quelquefois dans la peinture de la Renaissance. Parce que son développement a pris ce cours inhabituel, les tableaux de Leduc ne sont pas modernes au sens ordinaire. Pourtant, dans un sens plus profond, ils sont complètement contemporains dans l'esprit. Son insistance sur la base poétique de l'art et sa manière d'expression fortement personnelle sont des qualités que les peintres contemporains vénèrent et cherchent comme éléments essentiels dans leur travail. »


Commentant le travail de Leduc, le galeriste Gilles Corbeil, fait remarquer: « L'extraordinaire attention que Ozias Leduc prodigue sur ses peintures est presque incroyable. Il semble à tout moment avoir conscience d'une responsabilité morale pour la manière dont il traite ses toiles et manipule sa brosse et ses couleurs. Rien n’est laissé au hasard; aucun soin n’est trop grand. Le processus complet de création de l’image, depuis la préparation des traverses pour la toile à la représentation du sujet peint, est l'œuvre de ses propres mains. Il en est à se demander quel type de pinceau aurait pu être assez doux, quelle palette assez lisse, pour avoir été utilisé dans la création de peintures si exquises. Mais la chose vraiment touchante à propos de Leduc est la tendresse, même la sainteté, qui semble ressurgir de tout son travail. Pour lui, la peinture n'a jamais été qu'un métier manuel, mais une floraison de caractère, un acte de grâce. Pour lui, la peinture elle-même semblait sensible, et peut-être par peur de la violer, il l'a traité avec une telle gentillesse. »

Corbeil explique que, tout au long de sa vie, Leduc n’a peint qu’une vingtaine d’études inspirées des choses simples de la vie au quotidien, comme un chandelier, un pain, des pommes, un livre, un violon, un couteau ou une cuillère à côté d’un bol mais n’a jamais peint de fleurs dans ses études. Corbeil a assimilé le traitement des objets par Leduc avec celui de Jean-Baptiste Simeon Chardin (1699-1779), le maître français qui a également doté ses natures mortes d’une certaine dignité, bien que Chardin soit un peintre plus mondain et sophistiqué. Corbeil pensait aussi que l'austérité enchantée des peintures de Leduc pourrait être considéré étant meilleure que celle du peintre hollandais Willem Claesz Heda (1594-1682). Heda cependant, contrairement à Leduc, a inclus des fleurs dans ses compositions, mais n’a jamais atteint l'aura de silence que Leduc a toujours créée dans ses natures mortes.

Leduc gagne sa vie grâce à la décoration d’établissements religieux, pour lesquelles il fit plus de 150 tableaux et retables, pour plus de 28 cathédrales, églises et chapelles. Également, Leduc produit un certain nombre de portraits remarquables au début de sa carrière ainsi que quelques paysages. Parmi ces portraits notoires, nommons seulement les suivant: Madame Lebrun, 1916; Autoportrait, 1899; Marie-Madeleine Repentante, 1901; un portrait de sa mère (date n.d.); Guy Delahaye, 1912; Madame Labonté, 1944; Robert de Roquebrune (Technique au charbon, non daté). Il réalisait ses travaux principalement en se utilisant de l’huile sur papier et de l’huile sur toile marouflée ou sur toile. Leduc conserve une vaste collection de dessins au crayon, qu’il traçait parfois à l'arrière des enveloppes et qu’il numérotait à l’occasion.

En 1916, Leduc est élu membre associé au sein de l’Académie royale du Canada, et en 1938, il reçoit un doctorat honoraire émis par l’Université de Montréal.

Les illustrations de Leduc sont reproduites dans les ouvrages suivant:

Claude Paysan, by Ernest Choquette (1898, Montréal);

Mignonne, allons voir si la rose, par Guy Delahaye (1912, Montréal);

La Campagne canadienne: croquis et leçons, par Adélard Dugre (1927);

Contes vrais, par Pamphile Lemay (1899);

Le Père Buteux, par l’Abbé Tessier.

 

Les décorations d’églises incluent:

Une mural représentant Saint-Charles-Borromée (4,6 x 3,35 mètres, 1891), réalisée d’après une gravure par Charles Lebrun pour l’église de Lachenaie;

Un tableau la Descente du Christ de la croix (2.44 x 14 mètres, 1891), réalisée d’après une oeuvre originale de Ary Schaeffer, de Notre-Dame-de-la-Paix, à Verdun;

Tableau représentant Le martyr de Saint Julie (3,65 x 1,5 x 1,83 mètres, vers 1903) pour l’église Sainte-Julie, à Chambly;

Portrait du père Rodrigue Desnoyers (1906), d’après une photographie prise au Séminaire de Saint-Hyacinthe;

Plusieurs tableaux exposés Saint-Enfant-Jésus, Montréal;

Un tableau de l’Exaltation de la Croix, dans la chapelle du couvent du Mont-saint-Hilaire;

Un tableau représentant le Christ calmant la tempête, dans la Cathédrale de Joliette;

Les anges transportant les tablettes de Lois, pour la Cathédrale d’Antigonish;

Un tableau représentant le Couronnement de la Vierge et les Stigmates de Saint-François-d’Assise, une décoration, pour l’église de Farnham.

D’autres oeuvres de l’artiste peuvent être vues dans les églises et cathédrales suivantes:

Saint-Anges, Lachine; l’église de Sainte-Geneviève, île-Bizard; Basilique Notre-Dame, Montréal; Bishop’s Palace, Sherbrooke; l’église de Pierrefonds; l’église de Saint-Hilaire-Parish, Mont-Saint-Hilaire, etc.

 

Il y eut trois expositions d’importance sur le travail de Leduc:

La Bibliothèque de Saint-Sulpice, Montréal (1916);

Exposition rétrospective au Lycée Pierre Corneille, Montréal (1954);

Exposition rétrospective organisée par Jean-René Ostiguy, pour le Musée des beaux-arts du Canada.

 

Son oeuvre se retrouve dans les collections suivantes: Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée des beaux-arts de Montréal et le Musée des beaux-arts du Canada.

Leduc peignait toujours à l’âge de 90 ans, supervisant les travaux de décorations de l’église de Almaville-en-Bas, près de Shawinigan. Il meurt à Saint-Hyacinthe à l’âge de 91 ans.

 

Références
Colin S. MacDonald, A Dictionary of Canadian Artists, (Ottawa: Canadian Paperbacks, 1971).

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