« Nous sommes sortis au grand air pour voir le paysage canadien comme distinct du paysage européen. Par conséquent, chacun devenait libre de contempler le paysage qui l’intéressait. » Francis H. Johnson

Frank H. Johnston est né à Toronto (Ontario), de parents d'origine Irlandaise, Hans Hamilton Johnston and Mary Elizabeth Roderick. Il reçoit une une solide formation académique, étudiant d'abord à la Givins Street School, puis au Central Technical School sous l'égide de Gustav Hahn et finalement à la Central Ontario School of Art, sous la supervision de William Cruikshank et G.A. Reid. Par la suite, il eut un stage de formation au  Brigden's Ltd., à Toronto. En 1908, il obtint un emploi à la compagnie Grip Engraving.

 

Johnston se tourne vers les États-Unis afin de poursuivre ses études. Il est admis à l'Académie des beaux-arts de la Pennsylvanie, où il recevra l'enseignement de Philip Hale et de Daniel Garber. Il déménage ensuite à New York où il travaille dans le Carleton Illustrators Studios, une entreprise associée aux studios Carleton à Londres. Quelques années plus tard, Johnston revient à Toronto.

 

En 1918, Johnston est mandaté par le Mémorial de guerre Canadien, d'enregistrer les activités de formation du personnel volant au Canada pour les devoirs à l'étranger. Pendant cette période, il produit plus de 70 oeuvres à l'aquarelle, à l'huile et à la tempéra. Plusieurs de ses toiles, bien qu'elles aient été peintes dans un objectif documentaire, ont été réalisées de manière sublime par l'entremise de compositions et l'usage de couleurs magistrales (voir: A Check List of The War Collections of World War I, 1914-1918 and World War II, 1939-1945 par Major R.F. Wodehouse - Musée des Beaux-arts du Canada, Ottawa, ON, 1968). Les peintures de guerre par Johnston figurent parmis les plus fines de la collection. Après ses années de service en tant que peintre de guerre, Johnston retourne à Toronto où il passa certainement un peu de temps au Studio Building. En 1918, il accompagne Lawren Harris, J.E.H. MacDonald et le Dr. James MacCallum dans leur voyage en caravan à Algoma. Cette région du nord de l'Ontario est un endroit d'une grande beauté à l'automne. Les arbres aux feuillages or, jaunes et cramoisis qui recouvrent les majestueuses montagnes et les abords des lacs et des rivières, ont grandement inspirés les artistes à créer quelques-unes de leurs plus belles toiles. Johnston retourne à nouveau à Algoma en 1919, puis en 1920, toujours accompagné de Jackson, MacDonald, Harris  et du Dr. MacCallum. Johnston fait des dizaines de dessins et de tableaux d'Algoma mais très peu d'entre eux ont été reproduit dans les livres sur l'histoire de l'art Canadien, à l'acception de Fire Swept, Algoma (Musée des Beaux-arts du Canada), God's Country (M. et Mme J. Loeb), In Algoma and Northern Cabin. En 1920, Johnston est l'un des membres fondateurs du Groupe des Sept - avec J.E.H. MacDonald, A.Y. Jackson, Frank Carmichael, F.H. Varley, Arthur Lismer et Lawren Harris. Johnston expose ses oeuvres dans la première exposition du groupe, mais quitte l'association en 1924. À ce moment, le groupe est la cible de fréquentes critiques artistiques et, d'une certaine façon, les visées du groupe semblent cantonner le travail de l'artiste dans un esthétisme donné et cela le prévient de faire ce qu'il a réellement envie de créer. Il est toujours aussi désireux d'exprimer son amour de la nature canadienne, mais il veut peindre dans un style moins controversé. En décembre 1920, Johnston tient une exposition individuelle de son oeuvre à la T. Eaton Company, lorsque The Mail & Empire note que « la position de Frank H. Johnston, A.R.C.A., parmi les artistes locaux est unique. M. Johnston est depuis toujours classé comme l'un des membres du Groupe des Sept dont le style est le plus discuté, mais il n'a jamais perdu de vue l'intérêt des amoureux de l'image qui ne peuvent comprendre le point de vue de ses compagnons ultra-radicaux... Il détient le secret de la couleur vivante et vivifiante du territoire du Nord, et sait capturer la sensibilité des espaces sauvages ».

 

Johnston quitte Toronto après avoir été nommé directeur de l'École d'art de Winnipeg. Néanmoins, il poursuit ses activités d'artiste peintre et tient une exposition comprenant 326 de ses tableaux à la Winnipeg Art Gallery. Arthur Stoughton, du journal Winnipeg Free Press mentionne que: « le plus grand nombre des toiles sont faites à la tempéra, mais ne manque pas de souligner la polyvalence de cet homme. Il donne l'impression d'avoir essayé chaque technique de coloration avec de bons résultats.  Ici, No.304, nous pouvons voir que ce massif tableau à l'huile présente tout le corp que ce matériau peut présenter. Ici, dans No.60 et No.280, on peut témoigner d'une application de la couleur de manière excessivement humide produisant une transparence, composée de multiple lavi, laissant les teintes insaisissables et dépourvues de contours. Puis il y a des aquarelles, comme dans le No.281, faites dans cette méthode de couleur brisée, chère au cœur de l'impressionniste ou du pointilliste, dans lequel des taches de couleur pure juxtaposées se mélange sous le regard de l'observateur. Encore une fois, il y a une dizaine de pastels, qui ont un triple intérêt - d'abord, de leur bonne qualité, deuxièmement, car elles présentent les premières impressions de l'artiste sur Winnipeg, et troisièmement, comme étant les premiers essais de l'artiste dans ce support. » En décembre de cette même année, Johnston tient une seconde exposition de ses tableaux. Il y présente des oeuvres particulièrement inspirée de l'Ouest canadien, qui ont été décrites comme arborant « l'enivrement des grandes plaines spacieuses, les nuages ​​magnifiques, les couchers de soleil brillants et le soleil enveloppant. »

 

Johnston occupe le poste de directeur de l'École d'art de Winnipeg de 1920 à 1924 et, retourne finalement s'installer à Toronto où il devient directeur du Ontario College of Art. À propos de 1926, Johnston change son nom de Frank à Franz après qu'un de ses amis numériologistes à New York l'informa que le nom de Frank ne lui apporterait jamais de succès. Johnston a écrit le nom Franz (nom d'une communauté à l'est de White River, en Ontario) et son ami lui a affirmé que cela était un excellent choix. À compter de ce moment, ses toiles seront toutes signées Franz Johnston.

 

Johnston est directeur du Ontario College of Art entre 1927 et 1929. Il expose son travail tout au long de sa carrière auprès de la Société ontarienne des artistes et de l'Académie royale du Canada, puisqu'il est membre des deux sociétés (O.S.A.) (A.R.C.A.). En 1931, la Simpson's Fine Arts Gallery crée une nouvelle salle baptisée « Franz Johnston » expressément dans le but de vendre ses tableaux. En 1930, Johnston crée dans la baie géorgienne une école d'été dans laquelle est enseigné les arts. De plus, cette localisation lui permet d'être plus près de cette région de l'Ontario qu'il affectionne tant. En 1940, il ferme son école et s'installe à Wyebridge, située dans la même région.

 

Dans les années 1930, Johnston entreprend d'effectuer quelque voyages dans le Grand Nord. Les oeuvres produites lors de ses excursions seront exposées dans de nombreuses galeries d'art, notamment la Maloney Gallery (Toronto). En 1938, Augustus Bridle écrit dans le Toronto Star à propos de l'exposition de Johnston à la Maloney Gallery: « le peintre s'étant aventuré le plus régulièrement dans le Grand Nord canadien, ramenant avec lui, pendant trois ans durant, la terre gelée et craquante sous les zéro degrés, les épicéas tremblants et les truculents chiens husky, par l'intermédiaire de ces toiles… Ce qu'il a déjà peint de la vie réelle dans le pays Nipigon, comme le démontre cette brillante et intime série de tableaux présentés à la Maloney Gallery. C'est en somme, pour lui, un prélude à ce qu'il a l'intention de peindre de la soi-disant 'frontière perdue' du Canada. »

 

En 1939, commissionné par Gilbert Labine, vice-président d'Eldorado Gold Mines, Johnston part pour l'Arctique canadien afin de peindre la nature, les trappeurs, les mineurs et les communautés des Premières nations, en toutes saisons. En cinq mois, il complète 100 croquis. En travaillant à des températures de 35 à 40 en dessous du point de congélation, il se voit mélanger ses pigments, devenus comme une gelée, avec de la térébenthine pure. Au moment de peindre, il couvre sa main d'une chaussette de bûcheron, à travers laquelle, il manipule son pinceau. Beaucoup de ces œuvres ont été exposées à la Maloney Gallery en décembre de cette année-là.

 

En 1940, il complète une toile de grand format intitulée Shack in the Woods, qu'il considérera comme son chef-d'oeuvre. Sitôt terminée, il l'emmène chez un marchand d'art de Toronto pour la lui vendre et, au moment d'en négocier le meilleur prix, un homme de New York entre dans la galerie et demande à Johnston combien il voulait pour le tableau. De but en blanc, Johnston déclare: « 850.00$  ». Et, l'homme a acheté le travail sur le champs. Plus tard, les reproductions de cette oeuvre ont été vendues par milliers et Johnston n'a jamais reçu de redevances de leurs ventes. En 1942, il expose certaines de ses oeuvres de la région de Weybridge et aussi des tableaux « arctiques », chez Eaton. Il expose de nouveau chez Eaton en 1943. Augustus Bridle observe ceci des oeuvres présentées dans l'exposition: « les cieux bleus-verts et la neige couleur lavande; les monticules neigeux bleuis dans l'ombre, contre le feu de la lumière dorée du petit matin, ravissant les cours d'eau, en de petits serpentins opalescents; comme colorés comme l'arc-en-ciel sur le dos des scarabées, des éboulements de broussailles qui ressemblent à des pins ou des épinettes parce que peint si vivement... Ce sont là quelques-unes des fantaisies de Wyebridge». Sur les quatre-vingts tableaux qui étaient exposés, cinquante pour cent ont été vendus à l'intérieur de trois semaines. Leurs prix variaient entre 50$ et 1000$.

 

En 1948, Johnston quitte Wyebridge pour s'installer à Midland, Ontario, et peu de temps après, il souffre d'un accident vasculaire cérébral. Ces oeuvres ont été très en demande jusqu'à sa mort. En juillet, le journal Owen Sound Sun-Times, fait part de son décès comme suit:

« On peut dire que, en un sens, Franz Johnston a consacré sa vie professionnelle au Canada, car il avait une profonde appréciation pour ce que ce pays avait à offrir. Ce sentiment de dévouement a été illustré dans ses œuvres. Il a peint des sujets canadiens parce qu'il en avait une grande connaissance et puisqu'il avait choisit de vivre au contact de ses paysages et de ses personnes qu'il dépeignait... On se souviendra longuement de son école d'art d'été établie depuis longtemps sur la baie Georgienne. Ici, il a non seulement créé ses oeuvres les plus célèbres, mais a également guidé les espoirs de nombreux autres peintres le long du chemin du succès ».

 

La plupart des tableaux de Johnston qui était encore en sa possession au moment de sa mort ont été achetés par Laing Galleries, à Toronto. Une plaque a été dévoilée par Mme John Schofield (anciennement Mme Franz Johnston) sur les lieux de son ancienne résidence à Wyebridge, en Ontario, le 18 septembre 1963. La Roberts Gallery, à Toronto, a organisé une exposition de son travail au cours de la même année.

 

Au cours de carrière, Johnston a illustré et fait la décoration d'un certain nombre de livres. Il est représenté dans les collections publiques suivantes: Centre d'art de Saskatoon; Winnipeg Art Gallery; London Public Art Museum, Londres (Ontario); Musée d'art de l'Ontario, Toronto; McMichael Conservation Collection, Kleinburg (Ontario); Musée des Beaux-arts du Canada (Collection générale et Collection de guerre, tel que mentionné ci-dessus) et probablement d'autres collections publiques. Son travail se trouve également dans les collections privées suivantes: J.G. McCurdy, Regina (Saskatchewan); Arthur Cutten Jr.; M. et Mme Jules Loeb, Hull (Québec); anciennement dans la collection du défunt Dr. Tait Mackenzie; Franz Lawren Johnston (son fils), Grimsby (Ontario); d'autres de ses parents survivants et William G. Street, Richmond Hill (Ontario). Au moment de sa mort, Johnston laisse dans le deuil sa femme, ses quatre enfants: Frances-Anne Johnston, A.R.C.A. (Épouse de Franklin Arbuckle, A.R.C.) Toronto; Mme James Stevenson, Toronto; Paul Roderick (un artiste peignant sous ce pseudonyme); Franz Lawren Johnston et un frère, Harry Johnston, à Toronto. Une exposition rétrospective de son travail a été organisée par son fils Paul, à la Rothman Art Gallery à Stratford, en Ontario, et a ouvert ses portes en septembre 1970.

 

Traduction libre du texte.

A Dictionary of Canadian Artists, Volume 3

Colin S. MacDonald, First Edition 1971.

 

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