Art canadien classique
Fox River, 1936 (circa)
21.6 x 26.7 cm
Inscriptions
signed, ‘A.Y. Jackson’ (lower right); caricature of A.Y. Jackson signed by Arthur Lismer initialled by A.Y. Jackson (verso)Provenance
Walter Klinkhoff Gallery Inc., Montreal
Private collection, Town of Mount Royal
Estate of the above
Dans son autobiographie, A Painter’s Country, A.Y. Jackson décrit l’étendue remarquable de ses expéditions de peinture au Québec le long du Saint-Laurent : « J'ai travaillé dans des villages sur les rives nord et sud du Saint-Laurent. En trente ans, je n'ai manqué qu'une seule saison... J'ai d'heureux souvenirs de très nombreux endroits, de Saint-Joachim à Tadoussac, et sur la rive sud, de Lévis à Rivière-au-Renard en Gaspésie » (Édition commémorative, 1976 : p. 82).
Fox River est une composition remarquable réunissant un grand nombre des éléments qui ont fait la renommée de Jackson. Il y peint un village québécois au début du printemps, avec des maisons et des granges aux toits à forte pente regroupées sous un vaste ciel balayé de nuages. De la neige fondante et inégale occupe une partie du premier plan, aux côtés de la terre mise à nu et d'un ruisseau, tandis qu'un arbre dénudé sur la droite encadre la scène et qu'un clocher d'église s'élève au loin. La composition est ancrée par la disposition irrégulière des maisons et des granges, dont les pignons aigus et les lignes de toit sombres créent une impression d'angularité. Celle-ci est adoucie par le ruisseau peint en touche libre, les contours vallonnés du sol, les nuages ondulants en bandes et les branches sinueuses à droite. La structure clé est la grange au milieu du premier plan, dont les côtés inclinés et le toit affaissé rappellent subtilement les éléments naturels. Comme c'est le cas dans ses œuvres les plus inspirées du Québec rural, Jackson a trouvé une harmonie entre la structure créée par l'homme et le rythme plus large du paysage.
A.Y. Jackson occupe une place centrale dans la culture canadienne en tant que membre fondateur du Groupe des Sept, dont les membres ont contribué à développer un langage visuel distinctement canadien au début du XXe siècle. Bien que le Groupe soit souvent associé à l'imagerie de la nature sauvage, l'engagement répété de Jackson auprès des villages, des fermes et des chemins d'hiver du Québec a été tout aussi important pour son œuvre. Des œuvres comme celle-ci conservent la mémoire d'un cadre bâti rural qui a été modifié ou perdu dans de nombreux endroits, mais leur portée est plus que documentaire. Jackson a transformé des granges, des maisons, des églises et des champs enneigés ordinaires en sujets d'importance artistique nationale, trouvant une force expressive dans des lieux que d'autres peintres paysagistes auraient pu considérer comme simplement pittoresques. Jackson nous relie à un paysage historique façonné par ses habitants, son climat et son architecture. Il nous rappelle que l'identité culturelle peut résider dans quelque chose d'aussi simple qu'une vieille grange, un toit affaissé ou de la neige qui fond dans une cour.